le walon

 LE Wallon

Le wallon est une langue d'oïl parlée en Belgique, en France et dans la partie nord-est de l'État américain de Wisconsin. Elle est reconnue comme langue régionale endogène par la Communauté française de Belgique, où elle est la plus importante des langues romanes. Elle se compose de 4 grandes variétés dialectales et d'une forme normalisée. Ses locuteurs peuvent être appelés des Wallons, mais ce terme se référant avant tout aux habitants de la Wallonie on lui préfère de plus en plus celui de wallonophone (walon-cåzant en wallon).

Le nom Wallon vient de Walh, un très vieux mot germanique qui était utilisé par les Germains pour désigner les populations celtophones ou romanes. Selon les régions, Walh s'est transformé, notamment par des emprunts dans d'autres langues, et son sens a été réduit. C'est le cas de Wallon qui fut créé dans le roman avec d'autres termes apparentés mais il les a vite supplantés. Sa plus ancienne trace écrite date de 1465 dans les Mémoires de Jean, sire de Haynin et de Louvignies, de Jean de Haynin, où il désigne les populations romanes des Pays-Bas bourguignons. La portée sémantique se réduira encore un peu plus avec l'occupation française, le régime hollandais et l'indépendance belge pour ne plus désigner que les Belges de langue romane. Les recherches en dialectologie durant le XIXe siècle vont peu à peu faire la distinction entre les différentes dialectes belgo-romans, et restreignent alors dans le domaine linguistique le mot wallon à la langue wallonne stricto sensu.

Histoire 

Parler d'une « date de naissance » pour le wallon est inapproprié, d'une part évidemment parce que les langues ne naissent pas en une nuit ; mais surtout parce que le moment de la naissance dépend du point de vue adopté. D'un point de vue strictement linguistique, Louis Remacle a montré que bon nombre des évolutions que l'on considère comme typiques du wallon sont apparues entre le VIIIe siècle et le XIIe siècle. Le wallon « était nettement et définitivement individualisé dès 1200 ou dès le début du XIIIe siècle ».

Les environs de l'an 1600 apportent comme une confirmation écrite des évolutions des représentations au cours des deux siècles antérieurs : c'est à cette époque que s'impose définitivement le système graphique français en pays wallon. C'est au début du XVIIe siècle qu'on prend conscience de l'écart entre la langue parlée (le wallon) et la langue écrite (le français), ce qui permet l'émergence d'une littérature wallonne : ces textes relèvent de la para-littérature satyrique et bouffonne. Le français était et est resté la seule langue pour les textes formels, officiels, etc.

La langue wallonne reste jusqu'au début du XXe siècle la langue parlée par la majorité de la population de la moitié Est de la Belgique romane car le français y est seulement la langue des lettrés et des classes supérieures. Le bilinguisme wallon-français est alors une réalité, que ce soit dans le monde professionnel ou dans le monde politique. Dans la sidérurgie et à la mine, le wallon est souvent la langue utilisée pour la formation des ouvriers et dans de nombreuses communes, les conseils communaux se font souvent dans les deux langues

Identification de la langue 

La distinction entre les différentes langues régionales de Belgique romane n'a été établie qu'à la fin du XIXe siècle par le philologue allemand Altenburg qui précise d'ailleurs que l'aire du wallon ne peut ni se restreindre au liégeois ni s'étendre au picard 

Le dialecte liégeois est senti comme nettement plus différent du picard que les dialectes des provinces de Namur et de Hainaut. Même si le dialecte actuel de la région française limitrophe  constitue en quelque sorte un chaînon intermédiaire ou une transition entre le wallon et picard et même si les variétés méridionales du wallon se rapprochent du rouchi, cependant le phonétisme, principalement le consonantisme, accuse de profondes différences entre le picard et le wallon.

De par cette identification tardive, les autres langues endogènes de la Belgique romane sont quelques fois désignées comme wallonnes, y compris par leurs propres locuteurs, ce qui peut entraîner une certaine confusion.

Normalisation de la langue 

Depuis le début des années 1990, un groupe d'animateurs et d'écrivains de langue wallonne tente de réévaluer le système de transcription Feller. Ce système avait été créé par des dialectologues et pour des dialectologues, et ce avant l'apparition de la linguistique moderne, dans le but de protection d'un patrimoine littéraire patoisant ou l'étude dialectologique plutôt que de promotion d'une langue moderne. Ils visent alors l'établissement d'une norme écrite commune, dans un but symbolique et politique, pour une langue dont les modalités parlées varient de région en région, mais sont intercompréhensibles. Cette langue écrite commune et normalisée s'appelle le wallon unifié ou rfondou walon en wallon.

Géographie 

Le wallon est parlé dans son aire traditionnelle, que l'on nomme « Wallonie dialectale » ou plus rarement « Wallonie linguistique ». Elle regroupe une importante partie de la Belgique romane, plus la Wallonie de France : une dizaine de villages et une ville, Givet, traditionnellement wallonophones, dans les Ardennes françaises.

Les accents du wallon de l'ensemble des localités de la Wallonie linguistique ont été étudiés par l'Atlas linguistique de la Wallonie, avec les autres points où l'on parle d'autres langues endogènes romanes en Belgique. Tous ces accents du wallon ont été mis à contribution pour l'établissement du wallon unifié ou rfondou walon.

On peut séparer quatre zones dialectales distinctes :

* Le dialecte est-wallon, appelé aussi liégeois, est parlé en province de Liège (sauf en Communauté germanophone et dans les communes de Baelen, Plombières, Welkenraedt et villages avoisinants, où l'on parle le francique ripuaire) ainsi que dans le nord de la province de Luxembourg, dans le Val de Salm et la région d'Ourthe et Aisne. Le domaine du liégeois se subdivise selon ses 4 régions naturelles : l'Ardenne (liégeois ardennais), le Condroz (liégeois condrusien), la Hesbaye (liégeois hesbignon) et le Pays de Herve (liégeois hervien-verviétois). * Le dialecte centre-wallon, appelé aussi namurois, est parlé dans l'est de la province du Brabant wallon, en Hesbaye brabançonne, dans les Ardennes brabançonnes, dans la majeure partie de la province de Namur (excepté la Fagne, les Ardennes namuroises et le pays champenois), en France dans la botte de Givet.

* Le dialecte wallo-picard, appelé aussi ouest-wallon improprement, est un dialecte de transition entre le picard à l'ouest et le wallon namurois à l'ouest dont la zone est délimitée par l'ouest de la province du Brabant wallon (autour de Nivelles), dans le Roman Païs, la région de Charleroi, la Thudinie, le sud-ouest de la province de Namur (la Fagne) et par quelques villages du département du Nord (Cousolre).

* Le dialecte sud-wallon, appelé aussi wallo-lorrain, est parlé en province de Luxembourg (hors Gaume et arrondissement d'Arlon), dans le sud-est de la province de Namur (Ardennes namuroises) et dans quelques villages du Luxembourg (Doncols, Harlange, Sonlez, Tarchamps, Watrange), où il est maintenant probablement éteint.

Wisconsin 

Il existe aussi aux États-Unis une petite zone du Wisconsin, autour de Green Bay, où l'on parle le namurois, en raison d'une émigration assez importante au XIXe siècle.

Linguistique 

Famille 

Le wallon fait partie des langues d'oïl mais s'en distingue à la fois par son archaïsme venant du latin et par une influence significative des langues germaniques qui s'exprime dans sa phonétique, son lexique et sa grammaire. De même, la phonétique wallonne est singulièrement conservée : la langue est restée assez bien proche de la forme qu'elle avait durant le Haut Moyen-Âge.

Alphabet 

Le wallon s'écrit avec l'alphabet français auquel s'ajoute le rond en chef, un diacritique suscrit, utilisé avec la lettre a. Cette lettre å est par exemple utilisé dans le mot Årdene. Ce diacritique ne modifie pas l'ordre alphabétique (exactement comme pour É et E en français). Le nom des lettres est le même qu'en français, sauf w qui s'appelle wé (anciennement double u) et y qui s'appelle î gréc ou yod.

Phonétique et phonologie 

* Le latin [ka] et [g + e, i, a] donne en wallon des consonnes affriquées épelées tch et dj : vatche (vache), djambe (jambe), comme en ancien français.

* Le latin  subsiste : spene (épine), fistu (fétu), biesse (bête). Le wallon ne connaît donc pas la voyelle prosthétique qui fait du latin "scola", le français "école" (ancien français "escole"),(autres exemples: spissus-épais-spès, stella-étoile-steûle, sternutare-éternuer-stièrnî, stomachus-estomac-stoumak, strictus-étroit-stroet, scribere-écrire-scrire, scabinus-échevin-scabin, etc.

* Le latin , à part quelques exceptions, donne en wallon sch: schame (lat. scabum), schoûter (auscultare), scheure (excutulare), schåle (scala), dischåssî (descalciare), etc.

NB: On peut lire "escola" parmi les graffitis des murs de Pompéi. Le wallon, en conservant le bas latin des légionnaires, ne peut donc provenir de l'ancien français.

* Les consonnes voisées finales sont toujours assourdies: rodje (rouge) se prononce exactement comme rotche (roche).

* Les voyelles nasales peuvent être suivies de consonnes nasales, comme dans djonne (jeune), crinme (crême), branmint (beaucoup).

* La longueur des voyelles a une valeur phonologique. Elle permet de distinguer par exemple cu (cul) et cût (cuit), i l' hosse (il la berce) et i l' hôsse (il la hausse), messe (messe) et mêsse (maître), etc.

Morphologie 

* Les adjectifs féminins pluriels devant le nom prennent une finale -ès non accentuée (sauf dans le dialecte wallo-lorrain): comparez li djäne foye (la feuille jaune) et les djänès foyes (les feuilles jaunes).

* Il n'y a pas de distinction de genre dans les articles définis et les déterminants possessifs (sauf dans le dialecte wallo-lorrain): le wallon a li vweture et li cir alors que le français a, respectivement, la voiture et le ciel. De même, le wallon a si cwär et si fignesse pour le français son corps et sa fenêtre.

Lexique 

* Il existe quelques mots latins qui ont disparu des langues romanes voisines, comme le wallon dispierter et l'espagnol despertar (réveiller); le wallon fawe(fagus, hêtre) et le roumain fag; le wallon sacwant(es) et le romanche insaquant(es) et leurs dérivées; le wallon moude (mulgere, traire) et l'italien mungere, le roumain mulge; le wallon ouxh et le roumain uşă; ou d'autres issus directement du bas latin: arincrin(araneae crinis, toile d'araignée), cras (crassu, gras), tier ou tienne (termen, limite marquée par une colline), ay(ay, interjection d'approbation partielle), etc (in Dictionnaire liégeois par Jean Haust)

* Il y a un nombre important d'emprunts aux langues germaniques (dialectes néerlandais et allemands), par exemple le wallon flåw (faible) et le néerlandais contemporain flauw. Parmi beaucoup d'autres emprunts appartenant à la langue courante, on peut citer: dringuele (pourboire; néerlandais drinkgeld), crole (boucle de cheveu), spiter (éclabousser; même racine que l'anglais to spit ou l'allemand spützen), li sprewe (l'étourneau; néerlandais: spreeuw), etc. Il faut noter que nombre de ces emprunts se retrouvent également dans le français de Belgique comme belgicismes.

Syntaxe 

* L'adjectif qualificatif est souvent placé devant le nom : comparez le wallon on fwärt ome et le français un homme fort ; ene blanke måjhon et une maison blanche.

* Emprunt syntaxique au germanique : la construction Cwè-ç ki c'est di ça po ene fleur? (qu'est-ce que cette fleur?) se traduit mot à mot en allemand Was ist das für eine Blume? * L'ordre des pronoms: dijhoz-m' el, alors qu'en français on dirait: "Dites-le-moi." * Le pronom complément d'objet direct se met devant les verbes de pouvoir: dj' el sai scrire, vos mi ploz houkî, alors qu'en français on dit: "Je peux l' écrire, tu peux m'appeler."

Orthographe 

* Depuis 1100, on écrit le wallon au moins dans les noms géographiques et dans les actes de basse justice, et les actes notariés. L'écriture ne permet pas toujours de décider comment était la prononciation ("u" peut être une notation du son « u » ou « ou »). Certaines notations sont typiquement wallonnes xh, ea, eie.

* Au XVIIIe siècle, on continue à utiliser certaines des conventions du Moyen Âge xh (Villers), oi (Theâtre liégeois).

* Au XIXe siècle, l'écriture du wallon était largement individuelle. Mais différents essais de régulation sont proposés :

pour l'accent de Liège (Henry Forir) pour l'accent de la Wallonie prussienne (Toussaint, Nicolas Pietkin)

pour l'accent de Namur (Auguste Vierset, Léopold Godenne).

* Au XXe siècle, on assiste à la généralisation du système de notation Feller. Les trouvailles les plus intéressantes du Feller : les notations DJ et TCH, les demi-consonnes W et Y, la notation î du i long, oû du ou long ; les notations å et ô.

* Il faut attendre le XXIe siècle pour voir apparaître une orthographe unifiée, c'est-à-dire l'accord de tous les utilisateurs que tel mot s'écrit d'une seule façon, quelle que soit la manière dont la prononciation a évolué dans telle ou telle région.

Une tentative de norme orthographique commune existe : le « rfondou walon », dont le principe est d'écrire un même mot de la même façon, indépendamment des différences phonétiques locales. Cette orthographe se base sur des diasystèmes pouvant être prononcés différemment selon le lecteur, à l'instar de l'orthographe du breton dont l'exemple a inspiré le projet. Les graphies tentent de concilier les usages phonétiques actuels avec les traditions anciennes (notamment réintroduction de xh, oi) et la logique phonologique propre de la langue.

Wallonismes 

La langue française possède quelques wallonismes, c'est-à-dire qu'elle a emprunté quelques termes au wallon. Ces emprunts lexicaux ont eu lieu notamment dans le vocabulaire de la mine et de la sidérurgie, du fait du caractère précurseur des régions wallonophones dans ces domaines. On peut citer les mots houille, terril, faille, fagne, grisou, faro, estaminet, …

Un wallonisme désigne également un trait caractérisque du wallon, que ce soit au niveau du lexique ou de la prononciation, que l'on retrouve dans le français parlé au sein de la Wallonie dialectale.

Presse écrite en wallon.

La presse écrite en wallon se résume à quelques revues, dont certaines d'entre elles ont une plus ou moins grande partie écrite en français. Les moyens de ces revues en wallon sont extrèmement limités et leur présentation est parfois réduite à la simple feuille, photocopiée et agrafée comme les revues Li Rantoele, Coutcouloudjoû ou l'Académîye des Foyants mais c'était également le cas des anciennes revues comme Li pompe ås Ramons. Toutefois, certaines sociétés littéraires en langue wallonne arrivent à éditer des revues de très bonne tenue grâce au soutien financier du Conseil des Langues Régionales Endogènes de la Communauté française de Belgique. C'est le cas du El Bourdon depuis 1983 ou encore de Djåzans walon, Singuliers et des Cahiers wallons.

Il existait jusqu'au premier tiers du XXe siècle des journaux à tirage hebdomadaire en wallon, le El tonnia d' Châlerwet était tiré jusqu'à 35 000 exemplaires et Li Mârmite se vendait jusqu'à Londres.

Aspect sociologique 

Le wallon a été la langue prédominante du peuple wallon jusqu'au début du XXe siècle, quoique la connaissance passive du français était courante. Depuis, le français régional s'est répandu partout, au point que 30 à 40 % seulement de la population wallonne pratiquent encore leur langue propre, les proportions variant de 70 à 80 % chez les plus de 60 ans à environ 10 % chez les moins de 30 ans. La connaissance passive est beaucoup plus courante : elle irait de 36 à 58% dans le groupe d'âge où la connaissance active est la plus faible, c.-à-d. chez les jeunes.

Légalement, le wallon est reconnu depuis 1990 par la Communauté française de Belgique (c.-à-d. l'autorité compétente en matière culturelle pour les francophones dans l'État fédéral belge) comme « langue régionale endogène » qu'il faut étudier et dont il faut encourager l'utilisation. Le mouvement culturel wallon repose entre autres sur l'Union culturelle wallonne (UCW), qui regroupe plus de 200 cercles de théâtre amateur, des groupes d'écrivains, des comités de promotion du wallon à l'école. Une bonne douzaine de revues paraissent régulièrement. Il faut aussi citer la Société de langue et de littérature wallonnes (fondée en 1856 comme Société liégeoise de Littérature wallonne), qui promeut la littérature wallonne et l'étude des langues régionales romanes de Wallonie (surtout dialectologie, étymologie, etc.).

Une maison d'édition liégeoise, Noir Dessin, commercialise, à côté de livres d'histoire locale en français, différents objets (parapluie, tee-shirt, autocollants) portant des maximes en wallon.

La RTBF consacre encore un peu de temps en radio à ses émissions dialectales en décrochage, mais il est loin, le temps où on enregistrait pour la télévision des spectacles en salle et en extérieur en wallon, parfois sous-titrés en français.

 

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