Chevreuil - Capreolus capreolu

Nom scientifique : Capreolus capreolus (LINNE) Nom français : Chevreuil Nom wallon : Chèvreu Nom néerlandais : Reebok, Reewild Nom allemand : Rehbock Nom anglais : Roebuck

Le Chevreuil fait partie du sous-ordre des Ruminantia (ruminants), famille des Cervidae (cervidés).

QUELQUES AUTRES DENOMINATIONS

Chevreuil mâle : Brocart (Brocard ou Broquart) Chevreuil femelle : Chevrette, Chèvre Jeune : Chevrillard, Faon (quel que soit le sexe)

Daguet : brocart d’un an Brocart quatre-cors, six-cors ( rarement huit-cors) : chevreuil mâle désigné en fonction de sa ramure (nombre de cors ou pointes ; on multiplie par deux le nombre de pointes du côté le plus fourni)

LE PLUS PETIT DES CERVIDES DE CHEZ NOUS

Le Chevreuil est le plus petit des cervidés présents à l’état sauvage dans nos forêts d’Ardenne et d’ailleurs (le Chevreuil est en effet très répandu dans une grande partie de la Belgique, non seulement au sud du sillon Sambre et Meuse, mais aussi en Hesbaye, en Brabant – notamment en Forêt de Soignes- , dans le Limbourg et en maints endroits des Flandres). Adulte, il atteint la taille d’une chèvre domestique ; il peut peser de 20 à 30 kilos, 5 fois moins que son grand cousin le Cerf (Cervus elaphus L.) . Le Chevreuil peut vivre 7 à 8 ans, très rarement davantage à l’état sauvage. Il atteint l’apogée de son développement vers l’âge de 4-5 ans.

BOIS ET CORNES

Seul les chevreuils mâles portent des bois, qu’ils perdent et refont entièrement chaque année. Surtout, ne parlons pas de cornes ! Il s’agit en effet de deux attributs très différents !

Les bois sont des productions osseuses, annuellement caduques, innervées et irriguées de sang ; ils s’allongent par leurs extrémités. Bien que reproduisant souvent des structures identiques d’une année à l’autre, ils peuvent connaître d’importantes variantes et ne permettent PAS de déterminer l’âge de l’animal. On les retrouve notamment chez le Chevreuil, le Daim, l’Elan, le Renne (mais chez ce dernier les femelles en portent aussi). Paradoxalement, tous ces porteurs de « bois » sont regroupés dans le langage scientifique sous le nom de « cervicornes », ce qui n’est pas pour simplifier les choses…

Les cornes, elles, sont des productions épidermiques (comme les griffes, les poils,…), persistantes, creuses, s’allongeant par la base et grandissant régulièrement d’année en année, ce qui permet généralement de déterminer l’âge de l’animal. On les trouve chez le Mouton, la Chèvre, le Chamois, le Bouquetin, le Mouflon, etc.…). Les animaux qui en sont pourvus sont appelés « cavicornes ».

LE CYCLE DE LA RAMURE

Les cycles de chute et de refait de la ramure chez le brocard et chez le cerf sont comparables mais fortement décalés l’un par rapport à l’autre. En effet, le Brocard perd ses bois chaque année entre fin novembre et mi-décembre (en mars pour le Cerf) ; la chute de la ramure des sujets les plus âgés précède généralement celle des plus jeunes. Ce phénomène est d’origine hormonale et lié à la variabilité de la durée du jour et de la nuit. Un bois « jeté » est appelé une « mue ».

Les bois repoussent rapidement, enrobés d’une peau fortement irriguée et dénommée le « velours ». La croissance des bois est d’autant plus remarquable qu’elle a lieu en plein hiver, alors que la nourriture est plus rare. Au terme de cette croissance intervient une calcification qui entraîne le dessèchement du velours, dont le Chevreuil se débarrasse en se frottant aux branches. Vers le mois de mai, les ramures des Chevreuils apparaissent sous leur aspect achevé et ne se modifieront plus jusqu’à leur chute en fin d’année.

D’habitude, les bois des cerfs sont de plus en plus longs, lourds et ramifiés au fur et à mesure que l’animal vieillit, mais ils n’ont jamais l’ampleur des ramures des Cerfs. A l’état sauvage, il est extrêmement rare de rencontrer des Brocarts de plus de six-cors. La longueur des bois ne dépasse pas 25 à 30 centimètres ( 1 mètre et plus chez le Cerf) . De plus les sujets les plus forts progressent plus rapidement que d’autres, tandis que des circonstances fortuites, comme une blessure, un hiver rude entraînant une disette, etc.…peuvent provoquer une stagnation, voire une régression temporaire du développement de la ramure. C’est pourquoi l’observation des bois ne peut servir à déterminer l’âge d’un Chevreuil : tout juste peut-elle servir d’indication, d’autant plus fiable que l’on connaît déjà l’animal depuis un certain temps et qu’on a pu suivre son évolution.

MŒURS ET HABITAT

Le Chevreuil est un animal fréquentant surtout les bocages, les taillis, les zones buissonneuses, même s’il ne dédaigne pas partager avec le Cerf les grands massifs forestiers. C’est un animal beaucoup plus sédentaire que le Cerf, qui s’accommode aussi plus facilement de la présence humaine : on le trouve dans les campagnes jusqu’aux portes des habitations et il n’est pas rare que, la nuit, il visite les potagers… Doué pour le saut (ses pattes arrières sont plus longues que ses pattes antérieures) il est d’instinct plutôt solitaire, vivant volontiers seul, en couple ou en petites familles, mais ne constituant jamais des « hardes » comme les cerfs et les biches.

Moins craintif que le Cerf, le Chevreuil a conservé une importante activité diurne, même s’il circule aussi la nuit.

Sa faculté d’adaptation a non seulement garanti la pérennité de son espèce, mais lui a permis de s’accommoder, sous nos latitudes, des modifications de son milieu d’origine. Il est notamment présent dans toutes les zones de prés et de cultures, pourvu qu’il ait quelques boqueteaux où s’abriter. La disparition des grands carnivores tels que le loup, et surtout le lynx, son principal ennemi, le laisse sans prédateur naturel, hormis le renard qui peut éventuellement s’attaquer aux jeunes. Résultat, sa population est en nette augmentation partout en Belgique et souvent l’équilibre entre les Chevreuils (et les autres cervidés) et le milieu qui les abrite est devenu un problème, surtout en tenant compte de la valeur économique de la forêt et des cultures.

Quel que soit le jugement que l’on puisse porter sur la chasse et ses motivations, il reste que dans les conditions actuelles une « gestion » des populations de Chevreuils par intervention de l’Homme est nécessaire pour sauvegarder un certain équilibre du milieu semi-naturel qui est le nôtre.

UNE VIE DE CHEVREUIL

C’est au mois de mai que la chevrette met bas un faon, souvent deux, rarement trois, dans un coin tranquille de la forêt. Après quelques heures, le faon, dont la robe est brun clair et parsemée de taches claires, est capable de suivre sa mère, mais se couche volontiers sur le sol, parfaitement immobile, pour échapper aux dangers.

A ce stade, sa seule nourriture est le lait maternel, mais très rapidement il commencera à manger des herbages.

L’été, la chevrette se tient volontiers à l’écart avec son ou ses jeunes, dans un territoire bien précis. Les brocarts vivent de leur côté en solitaires, rarement en petits groupes. Vers le mois de juillet, le rut s’annonce et les mâles entrent en concurrence, délimitant soigneusement leur domaine en grattant le sol ou en se frottant aux arbustes pour y laisser leur odeur, grâce à leurs « glandes à parfum » situées à la base des bois et entre les doigts.

Fin juillet – août, la période des amours entraînent brocarts et chevrettes dans des courses effrénées mais le plus souvent silencieuses : si parfois les chevreuils « aboient » , ils ne brament pas comme les cerfs. Parfois les mâles se battent furieusement mais les blessures mortelles semblent rarissimes.

Chevreuils et chevrettes forment volontiers des couples assez stables et seuls les brocarts qui n’ont pas réussi à s’approprier un territoire deviennent erratiques pour rencontrer l’âme sœur.

Les chevrettes sont normalement fécondées au cœur de l’été, mais curieusement l’embryon ne commence à se développer que beaucoup plus tard dans l’année, de sorte que les jeunes naîtront bien au printemps et non pas au milieu de l’hiver. Si une chevrette n’a pas été fécondée, elle peut rentrer en chaleur en octobre –novembre et dans ce cas le développement est immédiat !

Après le rut mâle et femelle peuvent rester un certain temps ensemble, avec les jeunes de l’année précédente, ou reprendre leur indépendance. La chute des bois du brocart intervient peu avant l’hiver . Bien plus que le Cerf, qui voyage volontiers, le Chevreuil, attaché à son territoire, peut éventuellement souffrir de la disette en cas d’hiver très rude, et cela se répercute sur sa ramure.

LE CHEVREUIL EN HAUTES FAGNES

Le Chevreuil est présent sur tout le haut plateau fagnard, aussi bien dans les massifs forestiers. que dans les milieux ouverts, notamment dans la réserve naturelle ; il se tient volontiers dans les zones buissonneuses et on le rencontre souvent dans les prairies en bordure des bois. Il se nourrit d’herbages mais est très friand aussi de bourgeons – ce qui occasionne éventuellement des dégâts aux plantations – ainsi que des éricacées.

Il est chassé partout en dehors des réserves.

Le Chevreuil, comme le Cerf, fait l’objet d’études scientifiques dans le territoire – pilote expérimental de l’Hertogenwald occidental, « la chasse royale », devenue depuis une vingtaine d’années un secteur forestier voué au suivi des cervidés et à la recherche des méthodes de gestion les plus appropriées des animaux sauvages et de leur milieu.

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