les lutins de la geule

LES LUTINS DE LA GUEULE

Au pied de la colline qui mène de Plombières à Gemmenich, la Gueule se fraye un chemin bordé de grottes où, au bon temps jadis, des lutins (toovermännekere) avaient élu domicile. Ils avaient bonne réputation, car ils ne manquaient jamais de tirer d'affaire les riverains qui, d'occasion, se trouvaient dans quelque embarras. Leur spécialité était d'achever, de nuit, des travaux qui, par suite de circonstances fortuites, n'avaient pu être terminés. Toutefois, Il ne fallait pas qu'on les surprenne ou les dérange.

La fille du meunier habitant au « Vieux Moulin » (Ouw Meuhle), avait entendu beaucoup d'histoires sur les lutins. Elle s'était mise en tête d'aller les voir à l'œuvre, quitte à se faire attraper, ne redoutant que d'être retenue chez eux pendant un certain temps…

L'occasion de présenta lors d'une lessive familiale au cours de laquelle la maman se trouva mal et dut s'aliter remettant au lendemain la suite du travail. La gamine, tout en s'apitoyant du malaise de sa mère, se disait en secret que le moment était venu de satisfaire sa curiosité. Les lutins ne manqueraient pas de venir achever le travail. Pendant la nuit, elle quitta silencieusement sa chambre et alla se cacher dans la buanderie attendant patiemment, mais non sans appréhension, l'arrivée des petits bonshommes. 

Minuit venait de sonner lorsqu'une volée de lutins se glissa discrètement dans la chambre. Ils se mirent de suite au travail. Malheureusement pour la fille du meunier, ils occupaient beaucoup de place. Voyant un des lutins s'approcher du coin où elle s'était camouflée, la pauvre fille prit peur et attira l'attention sur elle, si bien que les lutins la remarquèrent et s'emparèrent d'elle. Ils lui mirent un bandeau sur la bouche pour l'empêcher de crier et la ficelèrent. Son sort fut vite décidé. On la roula dans un drap et on l'embarqua en vitesse pour une destination inconnue.

Entre temps, la petite avait perdu connaissance et lorsqu'elle revint à elle, elle se retrouva dans une magnifique salle au milieu de laquelle se trouvait dressée une table merveilleuse, entourée d'une série de sièges non moins beaux.. Assise sur l'un d'eux, une sentinelle, face à elle, ne la quittait pas des yeux. Soudain, deux tentures superbes s'écartèrent et firent place à tout un groupe de lutins qui se mirent à crier, à rire et à faire toutes sortes de clowneries. Mais cela ne dura guère. Ils firent bientôt un cercle autour de la prisonnière et se mirent à danser en rond. Finalement, le chef vint se placer devant la gamine et lui tint ce langage :

« Ma petite, tu es notre prisonnière. Ta curiosité t'a conduite dans notre domaine. Mais tu ne le quitteras pas de sitôt. Mon conseil a décidé de ton sort et t'a condamnée aux travaux forcés. Tu vas passer quelques années avec nous, chargée des soins du ménage. Travaille bien et n'essaye pas de t'enfuir. Toute tentative sera sévèrement punie. Un de mes hommes est responsable de tes allées et venues » 

Ce discours fut suivi d'un éclat de rire général. Puis, les lutins rentrèrent dans leurs cellules. La pauvre fille se croyant seule, se mit à pleurer de toutes ses larmes. Mais son garde de corps était là la priant de bien vouloir le suivre. Il la conduisit dans une chambre, la ferma de l'extérieur et se posta devant la porte. Livrée à elle-même, elle se jeta sur son lit et se mit à sangloter tout haut.

Au moulin, les choses allaient mieux. Mais lorsque la meunière descendit dans sa cuisine et vit le désordre, ses soupçons se portèrent, de suite, sur les lutins. Ils devaient avoir été surpris dans leur travail. Elle appela toute la famille et constatant bien vite l'absence de sa fille, devint toute pâle. Son mari vit son émoi et au même instant, il se souvint de la curiosité de sa fille. Sans un mot, il fila à la porte et remarqua les traces des lutins dans la neige toute fraîche. Cependant, par prudence, il ne se risqua pas à suivre leurs pas, mais courut au village alerter tout le monde.

Les gens, pris de pitié pour le meunier, s'armèrent de tout ce qui leur tombait sous les mains, filèrent au moulin et, de là, suivirent les traces des ravisseurs pour aboutir à leur repaire. Ils se mirent à forcer l'entrée de la grotte. Mais celle-ci résista au point que les assaillants tinrent conseil. Le meunier en profita pour aller tendre l'oreille un peu plus loin et c'est par hasard qu'il entendit des gémissements prononcés. Il revint sur ses pas en criant :

« Courage ! On approche ! »

On reprit le travail et bientôt le dernier pan de roche s'écroula livrant passage à toute la troupe qui se retrouva au milieu de la grande salle dans laquelle était installée, ficelée, toute en larmes, la victime de cette légende. On fit le tour de la caverne qui contenait bon nombre de magnifiques cellules et autant de couloirs secrets.

Mais des lutins, on n'en trouva pas…et on n'en parla plus.

 

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