le passeur d'âmes

LE PASSEUR D'ÂMES

Derrière la maison, nous avions quelques belles pâtures, fermées par des taillis d'où émergeaitun grand chêne. Au-delà, coulait la Gueule , sinueuse et tumultueuse à ses heures. Nous allions nous y baigner en été, lorsque la canicule sévissait. C'était le temps où nous goûtions aux joies simples de l'enfance et à l'insouciance. Avec ma jeune sœur Mieke et mon petit frère Tobie, je me souviens des batailles d'eau que nous nous livrions et des parties de pêche interminables. Et quand la cloche, tonitruante, nous rappelait, nous nous dépêchions d'atteindre en quelques enjambées la berge et filions vers la maison en faisant la course.

Maman nous avait souvent préparé du pain perdu que nous sucrions à souhait et dégustions goulûment, accompagné d'un grand verre de lait bien frais, trait de nos chèvres le matin même. Maman riait souvent de nous voir si affamés. Ses cheveux retenus en un chignon lui donnaient avec ses yeux d'un bleu profond des allures de princesse. Papa aussi était clair, tout comme Tobie et moi. Seule Mieke possédait une chevelure auburn qui auréolait ses traits fins et de superbes yeux couleur noisette. Elle était dotée d'un caractère très gai et d'une vive intelligence et s'intéressait, à 12 ans déjà, aux sujets les plus divers, tant scientifiques que littéraires.

Nous n'étions pas riches. Papa travaillait comme manœuvre à Aubel et se levait chaque jour à 5h du matin. Maman, quant à elle, était domestique au château des Genêts, ce qui était bien pratique puisque nous n'habitions qu'à dix minutes à vélo de là. De mon côté, à 14 ans, ma position de fille aînée me demandait déjà une certaine maturité, puisqu'il m'incombait, quand nos parents n'étaient pas encore rentrés, de veiller sur Mieke et sur Tobie, âgé alors de six ans.

Nous étions heureux. C'était en 1939. Mais l'ombre de la seconde guerre planait déjà. Et lorsqu'elle éclata, notre région considérée comme germanophone, de part son dialecte rhénan, fut alors annexée par l'ennemi. Alors, papa devint réfractaire et s'enfuit.

Nous restâmes donc seuls avec maman qui continuait à servir au château et nous l'aidions comme nous pouvions. Tôt le matin, nous devions traire les chèvres. Nous avions également un petit potager que nous entretenions avec le plus grand soin. En saison, nous allions dans les bois cueillir des champignons et des baies.

C'est en 1943, que Mieke se fit embaucher au château de Belderbusch en tant que bonne, car madame Lemmens, la locataire du château était souffrante. Mieke ne revenait plus qu'une fois semaine à la maison. Elle avait bien changé. Elle, autrefois si gai, n'était, aujourd'hui, que l'ombre d'elle-même, taciturne, le regard lointain et souvent hostile, surtout, vis-à-vis de notre mère. Son attitude nous déroutait, mais nous l'imputions aux temps difficiles. Pour elle, plus que pour quiconque, l'enfance s'était envolée.

Pour ma part, n'ayant pas de travail, je m'occupais de la maison ainsi que du potager et fabriquais nos fromages que nous revendions au noir pour améliorer nos fins de mois. Nous n'avions, jusque là plus revu notre père et il nous manquait terriblement.

Un jour de septembre, nous allâmes, mon frère et moi, cueillir des lépiotes dans le bois de Preuss. Une fois de retour, je m'employai à les nettoyer avec mon frère pour le repas. Ce soir, Mieke revenait et elle adorait le velouté de lépiotes. Je lui en avais promis.

Ce jour là, sans attendre le retour de notre mère, nous allâmes nous coucher de bonne heure, harassés de fatigue. Mais au cours de la nuit, je fus réveillée en sursaut par des éclats de voix. Je m'assis sur le bord du lit et me retournai. Tobie dormait à poings fermés, mais la couche de Mieke était vide. Prêtant l'oreille, je compris très vite qu'une violente dispute venait d'éclater entre ma sœur et maman, mais je n'en compris pas le sens, car à cette rixe succédèrent des sanglots. Puis, je vis Mieke revenir se coucher sans mot dire, hermétique. Je ne reconnaissais pas ma sœur et je n'osais pas lui demander ce qui s'était passé. Mais à mon réveil, elle était déjà partie. Maman paraissait bouleversée et un profond chagrin se lisait sur son visage. Elle n'avait pas touché au repas de la veille.

Deux jours plus tard, maman mourut inopinément. Ce fut un choc pour nous tous, mais surtout pour Tobie. Le chagrin pouvait-il à ce point tuer ? Prostré par la douleur, Tobie ne voulait plus aller à l'école. Je le laissai donc quelques jours à la maison,désemparée.

Nous enterrâmes notre mère le surlendemain. C'était un mardi. L'air était humide et le temps couvert. Accompagnés par les gens du village, nous escortâmes le cercueil chargé sur une charrette et tirée par deux chevaux bruns au cimetière de Braesberg. Mon père n'avait pas pu être localisé et était donc absent.

A partir de ce jour, rien ne fut plus pareil. Je pris la place de maman aux Genêts. Tobie devait à présent se débrouiller tout seul et ce, malgré son chagrin. Nous n'avions pas d'autre solution. Il nous fallait survivre. Mieke ne revint plus. J'avais perdu ma sœur et j'en étais d'autant plus consternée que je n'en connaissais pas la raison.

Les semaines passèrent, douloureuses. La vision de maman me revenait chaque nuit. Je la voyais près du grand chêne s'approcher vers moi en me criant des mots que je ne comprenais pas. Puis, au moment où je voulais saisir sa main, son image s'évanouissait dans la brume.

C'est un soir d'avril 1944 que notre père réapparut, à notre grande surprise et grande joie.

Comme il avait vieilli ! Des fils d'argent ornaient à présent son visage émacié et creusé par de profondes rides. Mais il était indemne. Nous tombâmes tour à tour dans ses bras. Tobie ressuscitait. Lui qui avait tellement souffert de la disparition de maman, ne pouvait quitter son père des yeux. Après avoir embrassé longuement Tobie, papa le déposa sur le sol et me regarda :

« Où est maman et Mieke ? » demanda-t-il, parcourant du regard la pièce, étonné de leur absence.

Je m'avançais lentement vers lui, le cœur serré, mais les mots ne voulaient pas sortir. Il me scruta un moment, puis blêmit :

« Il est arrivé quelque chose ?... »

Devant mon mutisme, il me saisit la main et la serra si fort qu'il me fit mal. L'étonnement avait fait place à l'angoisse :

«Léna, que leur est-il arrivé ? »

Je pris une profonde inspiration luttant contre l'émotion qui m'envahissait :

« Mieke est bonne à Belderbusch et maman … ». Je ne pus achever ma phrase et je m'effondrai en sanglotant contre lui. Je lui racontai alors les évènements dramatiques des derniers mois. Chancelant, il s'assit péniblement sur la chaise à côté du pôele. Ses yeux vides s'inondèrent bientôt de larmes qui coulèrent doucement sur ses joues blafardes. C'était la première fois que je voyais pleurer mon père. Au bout d'un moment qui me parût une éternité, il s'essuya le visage d'un revers de la main, puis se retourna vers la porte :

« Je vous présente Guido » dit-il d'une voix étranglée.

Dans l'encadre de la porte d'entrée, un homme se tenait debout. Interloqués, nous n'avions jusqu'alors pas remarqué la présence de l'étranger.

« J'ai rencontré Guido dans le Hainaut. Il va rester quelques temps avec nous». Ce fut sa seule explication.

Guido s'avança et me tendit la main. Grand et efflanqué, il paraissait sans âge. Le teint cireux, les cheveux noirs et longs, ces yeux étaient en revanche d'un bleu d'acier. Au moment où il me serra la main, son regard me transperça et le contact de sa peau me donna une étrange sensation que je ne pus définir. Je frémis sans savoir pourquoi. J'avais l'impression qu'il avait touché ce qu'il y avait de plus profond en moi, mon âme.

Il recula et fit un signe de la tête vers Tobie en guise de salut, mais resta silencieux.

Les jours passèrent. Mes cauchemars continuaient et il m'arrivait, de temps à autre, de croire percevoir la silhouette de ma mère près du vieux chêne.

Guido avait pris ses quartiers dans une pièce qui servait jusqu'ici de buanderie. Celle-ci se situait au fond de l'étable indépendante de notre habitation. Désormais, je devais m'occuper du linge dans la cave.

Peu loquace au début, Guido nous était cependant d'une aide fort précieuse car la mort maman et le départ de Mieke, avaient plongé papa dans une profonde déprime. Seul, Tobie, par sa présence, arrivait un peu à le réconforter. « Mon petit homme », comme l'appelait mon père. Il avait toujours eu un faible pour son fils unique. Et Tobie le lui rendait bien.

Je m'habituai pourtant assez vite à Guido. Lui, qui au début m'avait paru si froid, savait être doux et me rassurer. Les évènements de ces derniers temps m'avaient complètement déstabilisée. Guido ne parlait jamais de lui et restait très vague sur ses origines. Il apparaissait souvent au moment où on s'y attendait le moins et ne prenait jamais ses repas avec nous. Pour moi, il demeurait un mystère. Néanmoins, je prenais à présent plaisir à discuter avec lui. Une vraie complicité s'installa entre nous.

Ce qui suivit, ensuite, devait bouleverser à tout jamais ma vie. Un soir, alors que mon père et mon frère dormaient déjà, je vis Guido apparaître de je ne sais d'où. Assise sur la chaise, près du poêle, je sursautai, surprise. Je m'abaissai prestement pour ramasser mon raccommodage que je venais de laisser tomber. Lorsque je me relevai, Guido se trouvait de l'autre côté de la pièce. Je le regardai interdite. Tout être normalement constitué ne pouvait pas en si peu de temps changer de place.

« Comment as-tu fais ça ?! » soufflai-je, incrédule.

« Fais quoi ? » répondit-il, impénétrable.

« Tu sais bien. Tu… »

Sans me laisser finir, il s'approcha de moi et de ses longs doigts me caressa la joue. Il me dévisagea d'un air triste et plongea son regard énigmatique dans le mien.

« Tu es si pure et si jolie, Léna… »

Il se baissa et déposa alors un léger baiser sur mes lèvres. Goûtant à une émotion qui m'était jusqu'ici inconnue, je n'offris aucune résistance. Doucement, il me releva et me pris dans ses bras… Grisée, je ne pus empêcher ce qui devait arriver…

Le jour suivant, il faisait un temps radieux et l'air était très doux. Nous étions déjà le 26 avril. J'avais décidé après ma lessive d'aller étendre le linge près du vieux chêne. Le cœur léger et transi de bonheur, je me dirigeai, la manne sous le bras vers l'arbre centenaire au pied duquel, je déposai mon fardeau. Subitement, un frisson me parcouru l'échine. D'un bond, je me retournai. Guido se tenait, devant moi, les bras ballants. Il me rejoignit en deux enjambées.

« Je suis venu te dire… », commença-t-il.

Quelque chose d'indéfinissable et de puissant se dégageait soudain de lui. Une sorte d'effroi s'empara alors de moi. Je reculai instinctivement et tombai à la renverse. Guido n'avait rien d'humain. Il s'agenouilla et me tendit la main pour m'aider à me relever, mais je la retirai prestement.

« Qui es-tu ? » criai-je, prise d'une panique inexplicable en continuant à reculer.

Il baissa la tête, puis la releva et me regarda dans les yeux d'un air consterné :

« Je crois que tu sais qui je suis, Léna… »

Je le dévisageai longuement, n'osant croire à ce que j'avais deviné.

« Tu n'es pas d'ici, n'est ce pas ?... »

« Non, Léna. Je ne suis pas d'ici »

Je continuai, la peur au ventre :

« Tu es de là-bas ?… » Guido acquiesça lentement.

« Oui, Léna… », murmura-t-il. « On m'appelle… la mort… »

Je sentis mes yeux s'emplirent de larmes, désespérée.

« Qui viens-tu emporter ? »

Il inclina la tête.

« Ton père, Léna », dit-il doucement.

Me reprenant et séchant mes larmes du mieux que je pouvais, je le fixai:

« Tu ne peux pas faire ça ! Pas à Tobie !... »

Je me tus un bref instant, puis repris, révoltée :

« Il était tellement malheureux quand maman est partie !... Quand TU l'as prise !...», hurlai-je.

« Je ne l'ai pas prise, Léna…pas encore… »

« Que veux-tu dire ? »

Il baissa la tête.

« Rien » dit-il à mi-voix. Puis, il reprit :

« Léna, je ne décide pas quand les gens doivent s'en aller. Je viens juste les chercher quand leur heure a sonné »

« Qui décide alors ? »

« L'Etre qui est au-dessus de moi « 

«Et comment s'appelle-t-il, cet Etre? » demandai-je avec véhémence.

Guido redevint énigmatique. « On ne l'appelle pas, Léna »

Il sembla, soudain réfléchir et l'espace d'un instant, son visage s'éclaira.

« Léna, dit-il hésitant, il y a peut-être un moyen d'épargner ton père, mais… »

« Mais… », insistai-je en le scrutant, pleine d'espoir

Son visage s'assombrit de nouveau.

«… Mais il me faut une contrepartie... »

« Quelle contrepartie ? »

« Je ne peux t'en dire plus »

Alors, j'entourai mes bras autour de son cou et lui chuchotai, ma joue contre la sienne :

« Alors prends-moi avec toi, mais épargne mon père. Epargne Tobie, s'il te plait »

Nous restâmes, un long moment, enlacés. Puis doucement, la mort se libéra et s'en alla sans se retourner.

Cette nuit-là, mes cauchemars reprirent de plus belle, plus intenses et plus vrais que jamais. J'apercevais ma mère me tendre les bras et m'appeler, près du chêne. Mais celui-ci était déraciné et gisait lamentablement à côté de la frêle silhouette. Alors, maman se retournait et me montrait la direction de Montzen. Il y avait beaucoup de bruit et de lumière et comme à chaque fois, je ne pouvais discerner ce qu'elle voulait me dire. Je m'éveillai en sursaut, trempée de sueur et encore imprégnée de ce cauchemar. Il me fallut quelques instants pour reprendre mes esprits.

Dehors, j'entendis des gens parler haut et fort. Je me levai d'un bond, enfilai mon vieux peignoir et descendis quatre à quatre les escaliers. Je me dirigeai vers l'extérieur. Des soldats allemands avaient reçu l'ordre de prendre nos cinq chèvres. Mon père et Guido s'étaient cachés. Tobie, seul, tentait de les en empêcher. En vain. Les Allemands repartirent avec les chèvres. Nous restâmes sur le seuil, impuissants.

Cette nuit-là , vers 1h du matin, les sirènes se mirent à hurler l'alerte d'une attaque aérienne. Quelques instants plus tard, nous entendîmes des bombes déferler sur Montzen-Gare. A chaque explosion, je pressais Tobie tout contre moi, apeurée. Nous restâmes terrés toute la nuit dans notre cave. Guido était absent. Le travail sans doute…

Au petit jour, quand tout fut calme, nous sortîmes, hagards. Bientôt, nous apprenions le désastre sur Montzen-Gare. Nous nous dirigeâmes, mon frère et moi vers la rue Ten-Eycken pour apporter notre aide. L'air était chargé de poussières. Au fur et à mesure de notre ascension, on pouvait déjà apercevoir les premiers dégâts. C'est en arrivant là-haut que nous pûmes prendre conscience de l'ampleur du désastre. La rue du Bois, des Champs et celle de la Gare étaient particulièrement touchées. Des victimes jonchaient le sol et d'autres gisaient sans doute sous les décombres. La Croix Rouge ainsi que des soldats allemands s'activaient à charger les corps sur des camions et s'occupaient des blessés. Je m'avançai vers l'un d'eux, quand derrière moi, quelqu'un annonça que le château de Belderbusch avait été touché et qu'il n'en restait rien. Mon cœur, tout à coup, s'arrêta. Je bondis vers ce villageois et agrippai sa manche. Ma voix tremblait :

« Y a-t-il des victimes ? »

Il se retourna :

« Rosalie Lemmens, ses enfants et trois domestiques. Mais monsieur Schep…»

Sans attendre d'autres précisions, je fonçai vers la gare. Je n'eus pas le temps d'arriver jusque-là. Dans la rue de la Gare , sur un chariot, j'aperçus le corps sans vie de Mieke que l'on nous ramenait…Je regardais son beau visage inanimé, impuissante. Je l'accompagnai quelques centaines de mètres, muette de chagrin.

Et soudain, mon sang ne fit qu'un tour.

« Il me faut une contrepartie », disait-il… Cette petite phrase résonna dans ma tête et me martela le cœur. Alors, je quittai ma sœur et courut vers Belderbusch avec toute l'énergie que la haine peut fournir ignorant, le long de la route, les bombes non explosées que des prisonniers tentaient de désamorcer sous l'œil des gardiens. Arrivée au château ou plutôt à ce qu'il en restait, le silence et son odeur de mort s'étaient fait roi. Il m'attendait, là, sans rien dire. Je m'arrêtai net et le fixai, emplie de colère

« Pourquoi elle et pas moi ? »

Il s'approcha lentement. Lorsqu'il fut à ma hauteur, il me prit la main assez fortement pour que je ne puisse pas la retirer.

« Je sais ta douleur, Léna. Je suis désolé. C'était la seule façon de sauver ta mère »

« Qu'est-ce que tu racontes ? Ma mère est morte ! »

« Non, Léna , je n'ai pas pu la conduire jusque là-bas. Elle est restée entre les deux mondes»

« Les deux mondes ?... », répétai-je, hébétée.

« C'est pour cette raison que tes rêves étaient hantés par ses appels. Elle essayait de te dire pourquoi elle était morte et elle voulait emporter Mieke avec elle dans l'autre monde »

Il continua :

« Mieke, est ta demi-sœur, Léna. ». Je le regardai, incrédule.

« Ta mère a eu une aventure extraconjugale et Mieke l'a découvert »

« Mais… comment ?... »

« Ta sœur lisait beaucoup et au travers de ses lectures, elle a appris un jour, qu'un couple aux cheveux blonds et aux yeux bleus ne pouvait engendrer que des enfants blonds aux yeux bleus. Elle, elle était brune, Léna … Et elle n'a pu le supporter»

Je me remémorai, à ces mots, le changement de comportement de Mieke, son hostilité vis-à-vis de notre mère et la violente dispute qui avait eu lieu le soir, deux jours avant son décès.

« Mais Mieke n'est pas responsable de la mort de maman ?... »

Guido me lâcha la main et attrapa délicatement, entre ses doigts une mèche de mes cheveux, égarée sur mon front pour la replacer.

Il reprit, plein de compassion :

« Mieke a empoisonné votre mère avec une amanite phalloïde, Léna. Le soir, avant son retour, au moment où vous êtes allés vous coucher avec Tobie, Mieke l'a ajouté dans le reste de soupe aux lépiotes. Votre mère l'a mangée seulement le jour suivant et c'est pour cette raison qu'elle est décédée le surlendemain »

Après un moment, il poursuivit :

« Ta mère a voulu emmener Mieke dans l'autre monde parce qu'elle avait compris que Mieke ne pourrait jamais s'en remettre et que son secret était un fardeau trop lourd à porter … »

Sans me laisser le temps de réagir, Guido me prit alors le visage entre ses mains et me regarda avec insistance et douceur :

« Léna, tu dois chasser ta douleur et ton chagrin maintenant. Tu n'as plus besoin de pleurer

Elles sont bien ensembles, là-bas »

Il prit une profonde inspiration :

« Je dois partir à présent. Mais sache que je ne t'oublierai jamais et que tu as compté énormément pour moi. Je voudrai tellement t'emmener, mais tu as d'abord ton destin à accomplir… »

Epuisée, je fermai les yeux et sentis ses lèvres contre les miennes. Lorsque je les rouvris, je me retrouvai seule, au milieu des ruines. Mon chagrin s'était envolé. Je me sentis revivre et quelque chose au fond de moi…Je sus.

Le 28 décembre 1944, fête des innocents, je mis au monde, un beau garçon de 4 kilos. Je l'appelai Guido. Les autres l'appelleraient plus tard l'Ermite…

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Commentaires (1)

1. Van raek Dorothée 20/11/2011

Bonjour ,
Je viens de lire votre histoire avec beaucoup d'émotions.
J'habite à Welkenraedt et votre récit me parle .
Je serais ravie d'en discuter avec vous!
Si cela vous en dis envoyez moi un Mail.
Bien à vous.
Dorothée

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