le fantôme de schimper

LE FANTOME DE SCHIMPER

 

Il y a un plus d'un siècle, le promeneur flânant le long de la Gueule pouvait encore apercevoir, à mi-chemin entre Moresnet et Plombières, les ruines de ce qui fut le château de Schimper. Dressé sur son socle rocheux, défiant le temps et les intempéries, l'antique château dominait un site d'une beauté sauvage. Laissés à l'abandon, ses murs branlants couverts de lierre servaient de refuge aux corneilles et aux chauves-souris.

Autrefois, le château était la propriété d'un chevalier, la terreur de la région. Sa réputation de brigand s'étendait au-delà des environs. Paysans, commerçants et voyageurs le redoutaient et personne ne se risquait aux abords du château. Quant à lui, il multipliait à plaisir ses expéditions, sans scrupule d'ailleurs n'épargnant ni gens, ni sang, pourvu que le butin soit conséquent et suffisant pour faire bombance au retour avec des hommes à sa dévotion.

Un jour, il ramena d'une randonnée une belle jeune fille, du nom dalida, dont il voulut faire sa femme. Mais elle avait répondu : « Plutôt mourir que d'épouser un bandit, le meurtrier de mon père »

Le Chevalier entra dans une colère sans nom et fit enfermer la jeune fille dans la tour. Il ordonna qu'on ne la ménage d'aucune façon.

Isolée du monde extérieur dans son cachot éclairé par une petite lucarne à grillage étroit, Alida repassait dans sa mémoire ce qui venait d'arriver à son père, tué d'un coup de poignard,lors de l'invasion de son château par les sbires du chevalier et comment ils s'étaient emparés d'elle pour l'emporter, ficelée, à Schimper et en faire l'épouse du brigand.

Toute à son désespoir, elle se jeta sur son grabat en prise à des cauchemars qui l'empêchaient de dormir.

Le lendemain matin, elle entendit des pas dans l'escalier, vit la porte s'ouvrir et livrer passage à une vieille femme qui déposa sur sa table quelque nourriture et une cruche d'eau pour disparaître, sans un mot, et la laisser à nouveau à sa solitude.

Plusieurs jours passèrent ainsi, lorsqu'un soir au coucher du soleil, elle colla son visage contre la grille de la lucarne et vit dans les buissons de la vallée une jeune stature de cavalier. Elle se mit à crier « Au secours » de toutes ses forces. Par bonheur le cavalier qui avait déjà entendu pas mal d'histoires sur le compte du chevalier entrevit le visage de la prisonnière et devina le danger qu'elle courait. Il fallait à tout prix la sauver.

« Courage et patience, lui cria-t-il, je reviendrai bientôt »

Il éperonna son cheval et disparut au moment où le Chevalier revenait de sa promenade. Mais celui-ci avait vu la manœuvre et soupçonna vite un concurrent. Convaincu que la jeune fille était sous bonne garde, il fit demi-tour.

Le jeune cavalier était le fils unique du Chevalier Reinhold von Wolfskull, propriétaire d'une solide forteresse qui, jadis, s'élevait dans les environs.

Tous les soirs, le Chevalier attendait, dans son salon, le retour de son fils, mais ce soir les heures passèrent et le fils ne revenait pas. Comme la nuit commençait à tomber, il prit peur et redouta le pire. Au coup de onze heures, il sonna l'alerte et Franz, le serviteur de confiance, ne tarda pas à se présenter.

« Franz, dit le chevalier, rassemble tout le personnel. Prenez flambeaux et armes et filez dans le bois à la recherche de mon fils. Il n'est pas encore rentré. Sans doute lui est-il arrivé un malheur. Et ne revenez pas sans l'avoir trouvé, mort ou vivant »

La troupe fut bientôt en route à la recherche du jeune homme. En vain. Aucune trace. En désespoir de cause se rappelant la menace de leur maître, ils continuèrent à s'enfoncer dans le bois, lorsque tout à coup, ils entendirent des bruits de sabots. Elevant leurs torches, ils s'avancèrent dans l'obscurité sans rien voir, mais subitement Franz poussa un cri. Le cheval de son maître se trouvait devant lui. Ses compagnons accoururent et ne purent que constater l'horrible spectacle : le jeune cavalier, blanc comme neige, était étendu au pied de son cheval, mort sans doute. 

L'aîné des domestiques s'agenouilla, posa son oreille sur la poitrine de son jeune maître et, après un temps qui sembla une éternité, annonça :

« Son cœur bat toujours. Il vit encore. Faisons une civière et toi, Franz, file au château, prévenir le maître »

Une civière de circonstance fut vite montée. Avec toutes les précautions qu'on peut imaginer, le blessé y fut installé et sans tarder, le triste cortège se mit en marche sur le chemin du retour.

En toute hâte, Franz avait regagné le château. Hors d'haleine, le plus délicatement possible, il s'affaira à mettre Reinhold au courant de la situation. Celui-ci faisait peine à voir.

« Franz, tu me caches quelque chose ; je me sens assez fort pour entendre tout. Mon fils est mort, n'est-ce pas ? »

« Non, maître, il vit. Je le jure ! Son cœur battait toujours au moment où je l'ai quitté » Soudain on entendit des pas. Le chevalier releva la tête et se précipita vers la porte. Déjà, le plus ancien des serviteurs arrivait criant : « Consolez-vous, votre fils vit, il a seulement une blessure dans le dos » 

La fièvre tomba dans les jours suivants et le convalescent fit appeler son père pour lui dire tout ce qu'il avait vécu.

Quand il apprit la réalité, Reinhold entra dans une colère du tonnerre, se rendant compte que ses appréhensions n'avaient pas été sans fondement. Le Chevalier était bien le meurtrier de son fils !

« Bandit ! », s'écria-t-il « Maintenant la coupe est pleine ! Je serai le fléau de Dieu »

Il quitta le chevet de son fils, rassembla ses gens et envoya des messages à tous ses alliés. Plusieurs jours s'étaient passés lorsque les troupes de Reinhold furent au rendez-vous, fixé au pied de la forteresse de Schimper.

Le gardien avait sonné l'alarme. Alors, le seigneur de Schimper mit son armure, mais à la vue du spectacle, il prit peur se rendant compte qu'il ne survivrait pas, sinon par la fuite.

Les assiégeants avaient tout prévu et entouré le château d'un rideau de fer. Le combat commença donc et comme la résistance était plutôt faible, les assiégés furent vite submergés. Le chevalier s'était mêlé aux combattants dans l'espoir de pouvoir se sauver. Mais Reinhold l'avait reconnu. Il donna quelques ordres et, bientôt, le fuyard fut ramené, puis ficelé dans la forteresse. 

Le premier geste du vainqueur fut de délivrer la captive. On força la porte du cachot d'où, ivre de joie, la jeune fille se jeta dans les bras de son sauveur. Les alliés pillèrent, alors, tout le quartier dans l'espoir de retrouver tout ce que le chevalier avait volé et de le rendre aux légitimes propriétaires. On ne trouva rien.

On passa alors au jugement du coupable. La sentence ne tarda pas : la peine de mort. Il fut pendu haut et court et son cadavre laissé à la merci des corbeaux..

La légende raconte que son esprit revient toutes les nuits pour surveiller les trésors cachés. En foi de quoi, la rumeur populaire croit toujours qu'un fantôme se promène encore dans les ruines, aujourd'hui.

Après le sac de Schimper, le Chevalier Reinhold conduisit la jeune fille dans son château où elle sollicita la faveur d'être conduite auprès du blessé pour lui témoigner sa gratitude, car elle avait deviné sa pénible aventure. Le jeune chevalier la salua en toute joie. Elle s'approcha du blessé et lui serra, toue émue, la main.

Un hasard les avait fait se rencontrer, mais à cette heure, ils oublièrent ce passé tragique pour se livrer tout à leur joie. 

Le jeune homme jubilait et ses lèvres murmurèrent un souhait : celui d'avoir la jeune fille comme infirmière. Elle acquiesça de tout son cœur et ne quitta plus le chevet de son malade. La guérison ne tarda pas et il put quitter sa chambre.

Alida le conduisit dans le parc, où, sous le charme du printemps, tout reprenait vie. Ce qu'ils se racontèrent, personne ne l'entendit. Mais lorsque Reinhold vint les trouver, il vit dans leurs yeux qu'un autre printemps s'annonçait, dont la légende a gardé le secret.

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