le chateaux de graff

 

LE CHATEAUX DE GRAAF

Non loin du centre de Montzen, existe un vieux château dénommé « Graaf » (Streversdorp), Jadis, le château faisait partie d'une chaîne de places fortes dont les Ducs de Limbourg avaient pris la précaution de s'entourer tout au long de la frontière de leur Duché contre les invasions des « Bockreiter », bandits que l'on prétendait se déplacer en l'air à dos de boucs. C'était au 13 ème siècle.

Notre conte date d'une époque plus récente où des brigands hollandais alimentèrent la chronique locale durant une paire de siècles.

Ces gaillards travaillaient d'abord pour leur compte personnel, mais ils finirent par se liguer en une seule bande, si bien qu'il ne fut même plus possible d'assurer l'ordre public. La population vivait dans une insécurité totale. On se méfiait de tout le monde, car les traîtres ne manquaient pas parmi les paysans, les artisans, les marchands, jusque dans l'administration même fournissant ainsi aux voleurs des détails de nature à leur procurer soutien, butin et alibi.

Le baron van der Heyden, dit Belderbusch, propriétaire du château, à bout de patience, s'adressa aux autorités autrichiennes à Bruxelles afin d'obtenir une brigade de gendarmes sous le commandement d'un maréchal des logis. On les logea dans l'aile droite du château. 

Le calme revint momentanément. Les brigands continuèrent pourtant leurs expéditions à la périphérie, puis se rapprochèrent de nouveau, petit à petit, pour finir par semer la panique d'antan.

A quelques pas du manoir, au bout d'un joli parc, aujourd'hui disparu, se trouvait une petite maison qu'habitait le concierge jardinier avec sa femme et leur fille unique, Hélène.

Un soir rentrant plus tard que d'habitude à la maison, le jardinier s'excusa d'avoir été retenu plus tard que d'habitude par le service. Mais sa femme remarqua sur son visage qu'il devait s'être passé quelque chose d'anormal. Elle n'osa pas insister. On se mit à table et ce n'est que lorsque Hélène fut au lit que le père raconta ce qu'il avait appris :

Les Brockreiter avaient, la nuit précédente, poussé une pointe jusque « Belven » sur le territoire de Hombourg. Ce qui s'y était passé en réalité, on ne le sut pas, mais une chronique familiale rapporte ceci : l'attaque avait été préparée de longue date. Ils avaient appris que le fermier venait de vendre du bétail et en avait touché une somme rondelette.

La nuit, noire à souhait, prêta concours aux bandits. Tandis que le fermier dormait à poings fermés ainsi que sa petite famille, tout d'un coup, un bruit insolite le tira de son sommeil. Il se trouva devant trois individus à la figure noire qui lui enfoncèrent un bâillon dans la bouche et l'immobilisèrent avec des cordes solides.

Les Bockreiter étaient là ! Ils avaient enfoncé la porte avec un tronc d'arbre. Puis, tous les occupants avaient été ficelés. Tout fut mis à sac. Mais point de trésor. Alors, le chef ordonna d'enlever le garrot au fermier et le menaçant de son pistolet lui demandant où était l'argent.

Comme le fermier restait muet, le chef ordonna de passer à la torture au moyen de bougies allumées, appliquées sur le visage, les mains et les pieds. Le pauvre homme finit par révéler la cachette.Celle-ci trouvée, le trésor fut vite enlevé et les brigands disparurent.

La femme du concierge avait écouté l'histoire en silence. Elle se leva pour s'assurer que sa fille était endormie, ferma bien portes et fenêtres et souffla à son mari :

« C'est Pferdepiet ! le marchand de chevaux. C'est notre mouchard, c'est lui aussi le chef de la bande »

« Pferdepiet ! Comment peux-tu penser cela ?», répliqua le concierge.

Piet Vlyken, en effet, n'était pas originaire de la région, mais de Hollande d'où il était parti, sans profession, pour s'installer au pays de Montzen et se livrer au commerce de chevaux et de bétail. Il ne tarda pas à faire fortune. Célibataire, sans parenté ni amis, il faisait faire son ménage par une bonne vieille qui n'en parlait qu'avec respect et discrétion. Du peu qu'elle disait, les gens pouvaient conclure que notre homme devait mener une vie plutôt mystérieuse

« C'est un scélérat, reprit la femme du concierge. Je le tiens de ma mère. Et si les Bockreiter ont fait leur réapparition, cela ne peut être que lui, le conseiller et le chef »

« Ta mère connaissait donc cet individu ? »

« Elle le connaissait tout aussi bien que nous. C'est une histoire qu'elle m'avait défendu de divulguer, car elle le redoutait comme la peste. Mais comme elle est morte, elle n'a plus rien à redouter de ce chenapan. Cela date d'il y a pas mal d'années. Ma mère habitait une petite maison au bord de la Theunisbach, ruisseau qui fait la frontière entre Hombourg et Montzen et qui se jette à Plombières, dans la Gueule. Ce soir là, elle s'était couchée plus tôt que d'habitude. Il faisait orageux et elle ne parvenait pas à s'endormir. A un moment donné, il lui sembla entendre gratter quelque chose sur le mur de la maison. Elle se leva discrètement, s'approcha de la porte et écouta. Elle ne s'était pas trompée. Effectivement, quelqu'un travaillait à l'extérieur en vue de pratiquer une ouverture dans le mur pour parvenir à la porte et ainsi soulever le verrou.. Elle s'empara, alors, du couteau qui se trouvait sur la table et se plaça derrière la porte. Des morceaux de plâtre commençaient à tomber sur le plancher…, un trou se fit dans le mur, une main glissa à l'intérieur tâtonnant en direction du verrou…Sans hésiter, ma mère planta le couteau dans la main. Un cri s'échappa et la main disparut.

Le dimanche suivant, Pferdepiet se rendit à la messe, le bras en bandouillère, la main bandée.

Les gens crurent qu'il avait eu affaire à un cheval récalcitrant » 

Le concierge, convaincu, se rendit au château le lendemain matin où il eut un long entretien avec le maréchal des logis.

Chaque jour, Hélène servait un bol de soupe à Hannes. Grand et fort, il était montreur d'ours, mais n'avait plus de travail depuis que son ours avait pris le chemin de la liberté. Personne ne sut jamais comment. Hannes en avait fait son deuil. Depuis lors, il vivotait à la merci d'un morceau de pain et de quelques pommes de terre ou d'un bol de soupe, qu'il mendiait auprès de braves gens du quartier. Un fermier lui avait permis de s'abriter pour la nuit dans la grange. Au fil du temps, il était devenu familier pour beaucoup.

Chez le concierge, Hannes était devenu l'ami de la maison. Hélène, en particulier, le voyait revenir volontiers en écho de la foire, où ses parents la conduisait chaque année et dont elle avait gardé de délicieux souvenirs d'enfance. Devenue jeune fille, les « baraques »

« Bonjour », dit Hannes en poursuivant son chemin.

L'étranger vint vers lui et lui dit :

« Tu es bien Hannes, montreur d'ours ? »

« En effet, les gens m'appellent bien Hannes et de fait j'ai été autrefois montreur d'ours. Que désirez-vous ? Auriez-vous peut-être rencontré mon ours ? »

« Non ! Il aura probablement pris la clef des champs, mais j'aimerais avoir un entretien avec vous. Allons un peu à l'écart. J'ai l'impression que vous ne devez pas être satisfait de votre sort »

« En effet, il y a mieux »

« Eh bien j'ai votre affaire. Il me manque justement des ouvriers dans mon commerce à Fauquemont où vous pourriez gagner au-delà de votre nécessaire »

Fauquemont (Valkenburg) ! se dit Hannes, le siège des bandits ! Quelle heureuse rencontre. Maintenant, il s'agissait d'être prudent. En fait, Hannes avait autre chose à faire que de racheter son ours. Il était, en réalité, limier de la police secrète .l'intéressaient moins que le rendez-vous secret qu'elle avait fixé cette année à son Léon, fils unique et successeur d'un garde forestier de la région. Quelques temps plus tard, Léon put, la courtiser à la conciergerie. Il prolongeait parfois la soirée tard dans la nuit et retournait en plein bois dans l'obscurité, ce qui inquiétait la jeune fille et le faisait beaucoup rire.

Un matin, en plein froid, Hannes avait quitté sa grange et se dirigeait vers le château en vue d'une prospection, lorsqu'il aperçut un homme qui se promenait près de la Tour et jetait de temps à autre un regard furtif sur le quartier.

Quelques jours après l'entrevue du concierge avec le commandant des gendarmes, il avait été chargé de surveiller les allées et venues du marchand de chevaux et de découvrir dans quelle mesure il était en relation avec les escrocs.

Hannes fit l'idiot et demanda :

« Fauquemont ! Connais pas ! Où ça se trouve ? »

Oh ! pas très loin d'ici, répondit l'étranger. Tout près de Maestricht »

« Cela fait tout de même une bonne trotte à pieds. Mais qu'importe, du moment que j'y gagne bien ma vie ! »

« Qu'à cela ne tienne. Je puis vous épargner la promenade. J'ai ma voiture au village et compte la reprendre en fin de tournée. Si cela vous chante, nous pourrons faire la promenade ensemble dans la soirée » Après pas mal de palabres, ils tombèrent d'accord.

Non loin de Fauquemont, il y avait jadis une métairie qui tirait de son hospitalité une réputation qu'appréciaient les mendiants et les vagabonds, sous condition toutefois de fournir quelques prestations, dont le propriétaire faisait son profit en épargnant ainsi toute domicité.

A quelques pas de là, l'étranger déposa son homme et lui indiquant un bouquet d'arbres, lui dit qu'il n'avait qu'à frapper à la porte et demander le maître de la place. Il ajouta que bientôt il lui enverrait un message, puis s'en fut. Hannes prit le sentier et se dirigea vers la maison où il fut aimablement accueilli, reçut un bol de lait et du pain, puis conduit au fenil où il put passer la nuit. Le lendemain, il fut invité à faire quelques menus travaux. Il s'y trouva à l'aise et demanda à rester encore quelques jours. Le troisième jour, alors qu'il était en train de couper du bois dans la grange, s'amena le messager :

« Ah, voilà le nouvel apprenti, dit-il ! Je suis l'envoyé du contremaître » « Vous sentez-vous à même de tenter l'aventure ? »

« Sans doute, sinon je ne serai pas ici »

« Parfait, je vous fais donc confiance. Alors demain de grand matin, première expédition. A propos, comment t'appelles-tu ? »

« Les gens m'appellent Hannes, et toi ? » 

« Mon nom de guerre est Rossè. A demain donc avant le chant du coq. N'oublie pas, je te prendrai ici car nous avons une longue étape à faire avant d'arriver sur le terrain des opérations »

Pendant ce temps, Hannes continuait à récolter des informations. Il apprit du Rossè que d'habitude c'était celui qui connaissait le mieux la région d'une attaque qui était chargé de la direction de l'opération. Il avait déjà participé à une ou l'autre action, seulement à titre de novice mais il en avait tout de même tiré quelque expérience.

Le Rossè était sur le point de devenir membre effectif du Conseil et Hannes comptait bien exploiter la confiance dont il était l'objet. Il y pensait lorsque, tout à coup, la porte s'ouvrit livrant passage au Rossè. Celui-ci lui rapporta qu'une expédition était prévue pour le lendemain dans une ferme de Moresnet, au lieu dit « Tei » dont le riche propriétaire venait de toucher une somme rondelette. Rendez-vous était fixé dans une clairière du bois d'Aix-la-Chapelle.

« Je connais la région »,dit Hannes sans faire remarquer son énervement.

« Nous le savons et c'est précisément pour cela que tu feras partie du voyage »

« Toutefois, j'ai, là-bas, ma fiancée et je brûle de la revoir. Je dispose encore de toute une journée, car après je n'oserai plus m'y risquer ! Puis-je y aller une dernière fois ? », demanda Hannes.

Le Rossè hésita un moment, puis accepta : «Soit ! Mais sois au rendez-vous demain soir »

Ils se quittèrent pour aller se reposer. De grand matin, Hannes était debout et en route pour la conciergerie. Il resta pour le dîner, puis il exprima le désir de revoir aussi le Maréchal des Logis avec lequel il désirait s'entretenir. Après cette entrevue, Hannes prit congé de ses hôtes, car il ne voulait pas être surpris par nuit.

Pas mal de participants étaient déjà sur place où Pferdepiet donnait ses dernières instructions. Hannes devait aller se poster à un carrefour du bois. Peu avant minuit, sous la lumière d'une lune favorable, la troupe se mis en marche, avec comme chef de file le grand patron, masqué de noir et suivi de forts gaillards portant un tronc d'arbre. La lisière du bois fut vite atteinte, puis par champs et prairies, ils furent bientôt dans la cour de la métairie. Au cri discret de « Halte », les bandits s'arrêtèrent pour les dernières consignes et au moment où ils s'apprêtaient à l'assaut, une formidable fusillade éclata à la ronde. La troupe, surprise et croyant avoir affaire à toute une armée, se dispersa en un sauf-qui-peut général. Seul le chef ne trouva pas d'issue et fut désarmé : c'était bien le Piet Vlyken, le marchand de chevaux. Le maréchal des logis ordonna, alors, à ses hommes de le conduire sous bonne garde au château.

Pferdepiet se voyait bel et bien perdu. Tous ses hommes avaient fichu le camp, sans s'inquiéter de lui. Pendant qu'il ruminait ces idées, le groupe atteignit l'étang. Devant lui, deux solutions : la potence en perspective ou bien l'eau à proximité. Il choisit la seconde solution et d'un brusque coup d'épaule, il envoya ses gardiens dans le décor tout en sautant lui-même dans l'eau. Les gendarmes, n'eurent pas le temps de réagir. On repêcha le corps de celui qui avait terrorisé la contrée et on l'enterra, sans croix ni lumière.

Cependant, bien des années plus tard, la crédulité populaire continua à maintenir les gens dans la peur. On croyait que l'esprit des « Bockreiter » avait le privilège de se manifester après la mort, sous toutes sortes de formes, que celui du Pferdepiet se présentait comme un feu follet dans les roseaux de l'étang et attirait, par sa fascination, le voyageur nocturne, dans les profondeurs de l'eau.

De fait, un jour on avait repêché un inconnu de l'étang. On ne connut jamais la cause de cette noyade. On l'attribua à l'esprit de Pferdepiet et personne ne se risquait à passer, de nuit, près de l'étang. Seul Léon, bravait cette légende en retournant, la nuit venue, chez lui.

Un matin pourtant, le vieux forestier s'en vint chez le concierge, tout en larmes, disant une que son fils n'était pas rentré. Il fallait alerter les gendarmes au plus vite. Ils se rendirent tous les deux au château et sans tarder, on examina le quartier. On finit par découvrir le corps du malheureux Léon dans l'étang. Hélène en fut avertie et sombra dans le désespoir. Elle se retira dans un couvent. La croyance en cette « lumière fascinante » n'en fut que plus accréditée et la légende entretenue pendant des années pour disparaître en fin de compte dans la nuit des temps.

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