châteaux disparus

 

CHATEAUX DISPARUS

 

Au lieu dit « Da Campo », quelque part entre Henri-Chapelle et Merckhof, s'élevait il y a bien longtemps, un château dont la tour dominait tout le paysage. Y régnait en maître le Chevalier La Motte, dont la sinistre réputation s'est perpétuée sous le vocable de « Chevalier Noir »

La Motte était, dans son jeune temps, un joyeux drille. La mort de son père l'avait fait l'unique héritier d'une fortune royale. Aussi, au château, les fêtes se prolongeaient de jour et de nuit et comme cela arrive d'habitude en pareil cas, la ruine fut la rançon de l'amusement.

Ne pouvant se faire à cette idée, le Chevalier se rappela avoir entendu parler d'une sorcière habitant le bois tout proche. Il s'en alla la consulter. Il fut reçu fort aimablement et quand il eut exposé le but de sa visite, la sorcière lui répondit que son pouvoir n'était pas si étendu, qu'elle n'était pas à même de le tirer d'affaire, mais qu'elle voulait bien le mettre en relation avec Maître Urian. La Motte hésita, mais tiraillé par la cupidité, il finit par accepter, puisqu' il voulait redevenir riche à n'importe quel prix.

La sorcière le conduisit donc au plus profond de la forêt et s'arrêta, enfin, devant une fondrière. Elle remua la terre avec son bâton et marmonna quelques paroles incompréhensibles. Sur ce, la fondrière s'éclaira d'une lumière rougeâtre du fond de laquelle une voix caverneuse se fit entendre :

« Que veux-tu de moi ? » 

« Que veux-tu de moi ? »

C'était le moment d'en profiter et le Chevalier de répondre : 

« J'ai perdu toute ma fortune et je voudrais redevenir riche ! »

« Alors, suis mes inspirations, dit le diable (car c'était lui), et tous tes souhaits se réaliseront »

« Mais toi, qu'attends-tu de ma part ? »

« Seulement ton âme, après ta mort »

La Motte se mit à réfléchir :

« Mon âme ! Pour une fortune qui pourrait m'être enlevée en quelques jours si je venais à mourir, ce serait un marché de dupe ! »

« Si tu es Satan, tu dois savoir que je ne puis signer pareil contrat. Demain déjà, tu pourrais me réclamer mon âme. »

«Qu'à cela ne tienne ! Voici mon dernier mot : Tu seras l'unique maître de ta vie et de ta mort. Tu ne mourras qu'au moment où tu jureras que tu veux mourir et, en attendant, tous les souhaits que tu exprimeras se réaliseront »

« D'accord, répondit le Chevalier. Voilà qui est parfait et qui me plaît »

Maître Urien et la lumière rouge disparurent laissant notre héros dans la nuit profonde.

A partir de ce jour, il jouit de nouveau d'immenses richesses et malgré cela il ne se sentait pas plus heureux… Au contraire, il devint de plus en plus morose. Il se maria,mais ne trouva pas le bonheur. Sa jeune épouse lui donna une petite fille, Herta, mais elle mourut peu après dans un accident de chasse.

Les années passèrent et Herta devint une jeune fille dont la beauté attirait beaucoup de prétendants au château. Elle, cependant, refusait à tous sa main, au grand étonnement de son père qui aurait bien voulu en connaître la raison. Mais il l'aimait tellement qu'il ne voulait à aucun prix lui faire la moindre peine, convaincu qu'un jour elle lui confierait bien son secret car secret il y avait. En effet, depuis un an, elle avait promis sa main à un jeune chevalier dont le château se trouvait sur la colline du Heystberg, face au château La Motte.

Son nom était Adolphe von der Heydt, ennemi mortel du Chevalier Noir. De ce fait, les deux amants devaient se voir en secret et se donnaient rendez-vous tous les soirs au cours d'une randonnée à cheval que la jeune fille avait coutume de faire dans le bois, sans éveiller les soupçons paternels. De méchantes langues pourtant dénoncèrent l'aventure au père qui ne put se faire à l'idée d'avoir comme gendre son pire ennemi. Il fallait, fut-ce au prix de la vie même du jeune homme, empêcher cela !

Peu de temps après, La Motte se trouvait au lever du jour en train d'admirer de sa fenêtre le paysage inondé de la lumière du soleil levant, lorsque ses yeux se portèrent en face où la haute stature d'Adolphe lui apparut dans toute sa splendeur sur la terrasse de son château. Ce fut l'occasion ! D'un bond, il sauta sur son arbalète, l'arma d'une flèche tout en grommelant :

« Que cette flèche atteigne ta poitrine ! »

Il visa et atteignit Adolphe qui s'écroula. La Motte, dans un éclat de rire, quitta sa chambre et s'en fut faire sa promenade quotidienne.

Lorsqu'il revint, sa fille se précipita à sa rencontre, tout en sanglots. 

« Père, dit-elle, Adolphe von der Heydt est à la mort, laissez-moi y aller. Il désire me voir avant de mourir ! »

« Qu'est-ce qui te chagrine pour von der Heydt ? »

« Je l'aime, père ! »

« Vous vous aimez…Et moi ?… »

Mais, devant la détresse de sa fille, il se tut, ému. Puis, pris de remord, il ajouta :

« Va donc et que ton regard lui conserve la vie ! Quant à moi et à ma maison, que la terre nous engloutisse ! »

A peine avait-il prononcé ces mots, qu'il recula comme frappé de la foudre réalisant ainsi le contrat passé avec le maître de son âme. Il voulut encore dire quelque chose, mais déjà c'en était fait pour lui.

Herta, tout à la pensée de son blessé, se précipita chez lui pour le soutenir de son regard. Elle passa trois jours et trois nuits à son chevet, au bout desquels la fièvre tomba, tandis que la blessure commençait doucement à guérir. 

Pendant qu'elle se préparait à aller annoncer la bonne nouvelle à son père, le domestique auquel elle avait demandé de seller son cheval lui conseilla de ne pas retourner ?

« Que se passe-t-il ? » dit-elle au fidèle serviteur.

« Il vaudrait mieux ne pas partir ! »

« Ne vous tracassez pas, Jean, la blessure de votre maître sera, en mon absence, en de bonnes mains »

Alors le brave homme se mit à pleurer.

« Je sais que mon maître est hors de danger. Ce n'est pas pour lui que je crains, mais pour vous ! »

« Que pouvez-vous craindre pour moi ? »

« Mais si, Mademoiselle, retardez votre départ d'un jour » Il prit les mains de la jeune fille et se mit à pleurer amèrement. 

« Tenez-vous bien, ce que je vais vous dire est horrible »

Herta prit, alors, peur.

Le serviteur continua :

« Le château de votre père a été subitement englouti avant-hier »

« Jean, tu perds la tête ! », s'écria-t-elle.

D'un bond, elle fut sur son cheval et s'élança vers le château disparu, sans même avoir jeté vers un regard qui aurait pu la convaincre de la tragique réalité.

En peu de temps, elle traversa le bois et dut bien se rendre à l'évidence : le château avait disparu. Elle blêmit, crut entendre une voix, se retourna et vit derrière elle la sorcière.

« Ne t'effraie pas, chère enfant, il ne t'arrivera rien de mal, car la Providence t'a toi-même préservé jusqu'à ce jour d'un accident mortel » 

La sorcière lui raconta alors toute l'histoire du pacte diabolique conclu par son père. En dépit de sa douleur, elle prit congé de la sorcière, puis s'en fut auprès de l'élu de son cœur. Mine de rien, elle continua à le soigner. Ce n'est qu'après la guérison complète qu'elle lui annonça la terrible nouvelle.

Herta se retira, alors, pour un certain temps, dans un couvent voisin pour pleurer dans la solitude la triste mort de son père. Après une année, il fut permis à Adolphe de la voir. Peu après, ce fut le mariage et le départ pour un autre pays, sans espoir de retour.

Le château de Heydt tomba en ruines, puis, disparut dans la nuit des temps.

 

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